Je pose mon sac à Détroit : la ville la plus dangereuse des États-Unis et parmi les dix premières au monde pour le taux d’homicide. Tagline parfaite pour attirer des cars entiers de touristes Japonais ! Mais Détroit c’est bien plus que ça. C’est la ville la plus hypnotisante que j’ai eu l’occasion de visiter pendant mes voyages. Je reste ici 5 jours et je m’imprègne de cette ambiance post apocalyptique attirante…

 

Premier jour, je décide de visiter le Downtown de Detroit, histoire de situer un peu tout ça. C’est une ville très étendue mais le centre ville est étonnamment petit, on fait le tour en une après midi et honnêtement y a pas grand chose à voir, à part stade des Tigers, et le gratte ciel de la General Motors. C’est assez choquant de voir si peu de monde dans les rues. Mes couchsurfers m’ont prêté leur vélo et je sillonne la ville comme ça. Pour regarder mon plan je m’arrête en plein milieu des 2 voies tellement c’est désert !

 

detroit blog--13

 

detroit blog-

 

detroit blog--2

 

detroit blog--15

 

detroit blog--22

 

Premier truc qui me saute aux yeux : tous les petits commerces de bord de route sont encore peints à la main, c’est magnifique. Copains graphistes vous seriez inspirés là bas. Les couleurs sont franches pour être bien vues depuis la route, les typos massives. Ensuite cela varie selon les quartiers. Mexicantown à l’Est de la ville est bordée de barbiers et restaurants aux devantures assez chouettes. D’ailleurs j’ai jamais mangé d’aussi bons tacos qu’à la Taqueria el Rey, un resto qui mélange routiers, ouvriers et hipsters blanc dans une déco mexicano-kitsch très agréable.

 

detroit blog--33

 

detroit blog--34

 

detroit blog--36

 

Le truc fou aussi, c’est qu’à seulement 5 minutes à vélo de Downtown tu trouves déjà des terrains en friche et des maisons abandonnées. Cette proximité entre le centre financier et le chaos est assez glaçante la première fois ! Et en même temps je trouve ce genre de baraques esthétiques, sûrement parce qu’elles symbolisent le cliché des films d’horreurs américains. D’ailleurs It Follows a été tourné a Détroit, excellent film d’horreur psychologique.

 

Et puis c’est aussi le décor de films comme Lost River de Ryan Gosling photographié en pellicule par le chef opérateur français Benoit Debie. On retrouve bien l’ambiance du film, ce mélange de verdure, de bois pourri et de metal rouillé. La nature reprend ses droits, et c’est assez marrant car dans ce genre de quartiers les oiseaux et les grillons font un bruit fou. Si on ferme les yeux on se croirait à Cassis dans le Sud de la France, si on les ouvre, on est en enfer.

 

detroit blog--3

 

detroit blog--5

 

detroit blog--32

 

Puis vient le passage obligé par les usines abandonnées ! La plupart faisaient tourner l’industrie automobile américaine au début du siècle. Elles sont abandonnées depuis les années 50 comme celle ci dessous, The Packard Motor Car Company : il y avait 47 bâtiments, l’usine employait 40,000 personnes !

 

detroit blog--6

 

 

La ville regorge d’énormes espaces vides à reconquérir. Et c’est ça la magie de Détroit. La population a Détroit a été divisée par deux depuis son apogée. La ville a perdu encore un quart de sa population entre 2000 et 2010. Il faut imaginer une ville pensée pour 2 ou 3 millions d’habitants qui n’en compte plus que 500 000.. Les artistes en besoin d’espaces échouent ici, prennent possession des lieux. Dans certains quartiers comme Eastern Market on peut trouver de magnifique fresques de street art reconnues internationalement. Et si on roule un peu plus loin on arrive dans zones d’expérimentation artistiques assez loufoques !

 

Premier stop à l’Heidelberg Project, un ensemble d’oeuvres constituées uniquement majoritairement à partir de jouets recyclés. C’est glauque à souhait, et drôle aussi, on sent le second degré dans ces installations.

 

 

 

 

 

Deuxième stop, un peu par hasard : je me trompe de route pour rentrer le soir et je tombe sur Dabl’s African Bead Gallery. Les installations sont très chargées en matériaux et en textures, je ne comprends pas trop ce que tout ça veut dire.

 

 

 

La maison attenante au terrain est gérée par la même personne, qui a créée une expo/vente de bijoux africains traditionnels. Je rencontre Olayami Dabls, la soixantaine, qui fait grandir ce lieu depuis 16 ans. Je lui propose de le filmer le lendemain, il accepte ! Sa démarche artistique est passionnante. Il se considère storyteller visuel plutôt qu’artiste. Ses installations sont uniquement fabriquées avec des matériaux de récupération trouvés dans les usines et maisons abandonnées de Détroit. Avec ses 18 installations faites de fer, de pierre, de bois et de miroirs, il raconte l’histoire tortueuse des afro-américains. Il décrit ses oeuvres comme des métaphores dans lesquelles les peuples sont illustrés par les matériaux, un peu a la manière des fables de La Fontaine avec les animaux. Il a baptisé ce parcours « Iron teaching rocks how to rust. » (Le fer apprend aux pierres comment rouiller). Je m’arrête sur le sujet pour ne pas trop en dévoiler avant la sortie du mini docu sur Dabls ! Ci-dessous quelques screenshots du film.

 

 

Détroit c’est aussi ma première expérience de couchsurfing ! Je suis accueilli par Scarlett et Bendik, un couple, la trentaine. Scarlett a toujours vécu à Détroit et Bendik est norvégien. Ils m’acceptent pour 5 jours chez eux alors que je n’ai aucune recommandation sur Couchsurfing. Ils viennent me chercher à l’aéroport et on part déjeuner dans un resto arménien. Ca commence bien !

 

Scarlett habitent à Mexicantown, dans une maison assez ancienne, avec du bon gros parquet qui craque la nuit. Leur déco est très second degré, mélangeant objets kitsch, meubles années 70 et plein de trucs trouvés dans les thrift shops. On s’y sent bien. Ils m’emmènent faire un tennis le premier jour, ils sont super nuls mais on se marre bien !

 

Ils sont très arrangeants et m’aiguillent vachement pour découvrir des trucs dans le coin. Je rencontre leur potes. Immersion totale dans la culture alternative des jeunes blancs de Détroit, allure assez sombre, un peu grunge, mais très accueillants ! Ils ont l’air de vivre assez lentement, en tout cas c’est aux antipodes de New York. Ici il n’y a pas d’opportunités incroyables à saisir alors chacun vit sa vie tranquillement.

Allez savoir pourquoi mais Scarlett et ses amis sont ultra fans de Karaoké ! Je me marrais bien jusqu’au moment où j’ai dû y passer. J’ai opté naturellement pour des chansons françaises comme ça il ne sauront pas que je chante hyper mal. Je leur ai fait quelques classiques, Les Portes du Pénitencier, la Groupie du Pianiste, et Alphonse Brown, évidemment.

 

Plus globalement, le couchsurfing change complètement la façon de voyager. On découvre plein de trucs sur le coin grâce aux couchsurfers, on rencontre plein de monde et on se sent comme à la maison. Le principe même d’héberger un inconnu témoigne d’une ouverture aux autres plus grande que la moyenne. Scarlett et Bendik m’ont filé le double de leurs clés deux heures après mon arrivée. J’ai rien dit mais j’étais sur le cul. Je crois que je n’envisage plus de voyager autrement. Je trouve que voyager en hotel est cher, plutôt triste et impersonnel. S’arrêter en auberge de jeunesse est cool pour l’ambiance mais empêche l’immersion dans une nouvelle culture, en restant toujours avec des backpackers. Et Airbnb fausse la rencontre avec les gens car l’intéret est en priorité financier. Sur Couchsurfing, les hôtes ont envie d’héberger pour découvrir de nouvelles cultures, s’aérer l’esprit du quotidien, sans attendre de retour particulier, si ce n’est partager des moments ensembles, et ramener des bières bien fraiches!

 

 

 

 

 

 

Je quitte Détroit avec la sensation d’avoir découvert quelque chose de vrai et authentique. Je n’ai pas croisé un seul touriste, et j’ai été souvent seul sur mon vélo pendant ces 5 jours, même si j’ai eu quelques moments de flip notamment lorsqu’un soir j’ai entendu quelques coups de feu dans le quartier. Mis à part ça j’ai adoré rester ici et j’y retournerai surement.

 

Next stop : Chicago. On m’a dit plusieurs fois que la ville est une version de NY en plus humaine, où il fait bon vivre. Chécagou j’arrive !